On en parle

 

Un petit village des Cévennes se mobilise pour son galeriste

 Généralement, les galeristes essaient de faire vivre les artistes qu'ils exposent. A Ganges, au pied des Cévennes, le scénario s'est inversé le 23 mars : ce sont les artistes qui ont tout fait pour que vive leur galeriste.

Cela a fonctionné ainsi pendant des années, pour le plus grand bonheur des artistes du coin, " et des artistes dans les Cévennes, il suffit de soulever une pierre pour en trouver ! ", explique l'une des habituées des lieux, Marya Muse. Cette peintre, à la double origine américaine et suédoise, a choisi de s'installer dans les Cévennes pour le cadre de vie, comme de nombreux autres artistes, anglo-saxons, parisiens ou plus régionaux. Mais le galeriste Bernard Brantus a fini par se lasser : " Ne pas gagner d'argent avec la galerie, d'accord, mais en perdre, quand même pas ! " En décembre 2012, il a donc décidé d'arrêter la galerie.

Pour les artistes du cru, c'est la fin d'un monde. Bernard Brantus était le seul à leur permettre d'exposer, et pour beaucoup, il leur a offert un premier contact avec le public. Ils se concertent alors et décident d'organiser une journée spéciale pour leur galeriste. " Au départ, l'idée était surtout de lui dire merci, explique le graveur Marc Granier. Et puis tout ça a évolué, et finalement c'est devenu une journée de soutien pour qu'il continue. On a besoin de lui ! "

     La mairie a joué le jeu

Résultat : le 23 mars, la rue des Arts connaissait une effervescence particulière pour l'opération " Lâcher d'impressions " : atelier de gravure, cours de peinture ouvert à tous chez le voisin artiste peintre, démonstration de graffs, et... vente d'oeuvres offertes par les artistes : au total, une quinzaine d'oeuvres, à des prix très attractifs (100 à 300 euros). " Celui-là, je l'ai reçu ce matin de Chine ! ", explique Bernard Brantus devant une toile envoyée par un ancien Cévenol qu'il a exposé et qui a tenu à participer, même en habitant maintenant près de Shanghaï.

La recette de la vente a été entièrement reversée à Bernard Brantus pour qu'il maintienne la galerie. La mairie a joué le jeu, en prêtant des barrières, en acceptant une opération de graff dans la rue. " C'est toute la rue qui a participé, tient à préciser Marya Muse, les uns ont prêté leur porche pour héberger l'atelier de gravure, d'autres pour le graff, d'autres ont tenu la buvette. Dans une ville qui a vu tant de commerces fermer, on ne va pas lâcher le galeriste ! "

Le public a répondu présent, déambulant, achetant pour certains un livre, pour d'autres une boisson, pour d'autres encore une oeuvre, afin que, dans les années à venir, Ganges puisse toujours s'enorgueillir d'avoir une galerie pour ses artistes.

Anne Devailly, Montpellier (correspondante)

Paru dans le Monde  du 31 mars 2013

 

article dans le midi libre, suite à la manifestation du 23 mars.

 

Ganges « ll faut des heures de vol avant d'acquérir une technique »

Jicé expose les dessins originaux de sa première BD.

 

Vous êtes illustrateur et avez travaillé un temps dans le cinéma d’ animation. Comment êtes-vous arrivé à la BD ?

À la suite d'une rencontre avec Parno. C'était à la médiathèque de Ganges, lors d'une manifestation autour de la BD organisée par Bruno Canard, toujours directeur du lieu, grand bédéphile et critique de BD. Parno a ensuite visité mon site et mes dessins I ‘ont inspiré. Il m'a proposé de mettre en scène ses écrits. Entre notre rencontre, les premiers travaux de recherche et la sortie de L'âge des

corbeaux, il s'est écoulé trois années de travail. Le temps de tisser des liens solides. Aujourd'hui, on s'entend comme larrons en foire.  

De son côté, Parno écrit-il habituellement Pour la BD ?

Pamo est prof de la civilisation américaine à la fac. Il a déjà publié des nouvelles et ces écrits ont une réelle qualité littéraire. C'est un homme de lettres qui a, comme on dit, "une plume".  

La BD est-elle aujourd’hui votre activité principale ?

Ce n'est pas mon activité principale mais c'est celle qui me prend le plus de temps.  

Avez-vous d'autres projets ?

J'expose tout le mois de juillet, à I ‘Art de lire, une quarantaine de dessins issus de I ‘univers de L'âge des corbeaux ainsi que le travail de recherche de L’ivresse des volcans, notre prochain

projet.  

Quels en sont les sujets ?

L’âge des corbeaux traitait de I ‘illusion qu'est Ia gloire et est une invitation à s'ancrer dans des valeurs plus vraies. L'ivresse des volcans est l'histoire d'une amitié inattendue entre un réparateur de mobylette et un banquier dont le monde va s'écrouler. Leur fréquentation va provoquer un

bouleversement, une crise existentielle chez le banquier. Ce sera Pour lui I ‘occasion d'un nouveau départ, plus conforme à ses aspirations. C'est une BD qui s'adresse aux gens qui aiment lire, car il y a un vrai travail d'écriture.  

Le dessin a-t-il toujours fait partie de votre vie ?

J'ai commencé le dessin professionnellement sur le tard, à l'âge de 30 ans, dans les studios de cinéma d'animation de la Fabrique à Saint-Laurent-le-Minier, puis dans divers studios du coin et de

Montpellier. J'y ai beaucoup appris. Il faut cumuler des kilomètres d'heures de vols avant d'acquérir une technique et avant que le dessin ne paraisse facile.  

La BD a-t-elle été une évidence ?

Avant de me lancer dans la réalisation de L'âge des corbeaux, J'avais déjà dessiné des petites histoires de quelques pages, sans vraiment penser aller plus loin. Avec Parno, c'est différent. Il développe des histoires avec un vrai fond. Ces histoires m'ont poussé à dessiner des paysages

urbains et des autos. Nous avons pris Ie parti de n'ancrer les décors dans aucune période historique précise, même s'ils évoquent plutôt I ‘après-guerre. Pour ma part, le plus intéressant dans la BD est la mise en scène du texte.

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